La dynamique de frappe sur un clavier peut-elle constituer un indice fiable pour des enquêtes ?

Dernière mise à jour: 22.10.19

 

Une étude récente menée par les chercheurs de l’Université Démocrite de Thrace révèle que les hommes et les femmes ne tapent pas de la même manière sur un clavier d’ordinateur. En effet, des modèles informatiques ont la capacité d’analyser et de déterminer le sexe de l’utilisateur rien que par la façon, dont il appuie les touches de son clavier. Au même titre que les empreintes digitales, les détails de l’iris ou encore les traits du visage, la dynamique de frappe pourrait donc s’avérer une aide précieuse dans les enquêtes criminelles.

 

Test auprès de 75 bénévoles

Si votre webcam arrive à reconnaître votre visage, votre clavier pourrait même déterminer votre genre. En tout cas, c’est ce que démontrent les études prometteuses effectuées par les chercheurs en ingénierie informatique de l’Université Démocrite de Trace en Grèce. En effet, Avi Arampatzis, Ioannis Tsimperidis et Alexanddros Karakos, les génies derrière cette découverte ont réalisé un petit test pour confirmer leurs hypothèses.

Ces trois scientifiques grecs ont donc fait appel à 75 personnes volontaires, dont 36 hommes et 39 femmes. Durant dix mois, ils ont enregistré de manière quotidienne les habitudes de frappe de ces dernières. Ces trois génies ont alors développé eux-mêmes un logiciel pour traiter les données brutes obtenues. Ce programme baptisé ISqueezeU va évaluer les divers éléments majeurs pouvant indiquer le sexe de l’utilisateur.

 

 

Avi Arampatzis et ses deux collègues ont ainsi remarqué une certaine différence entre les hommes et les femmes. Ils ont pu constater que les temps qui s’écoulent entre deux frappes spécifiques peuvent présenter un écart non négligeable. Il en va de même avec le temps durant lequel la personne enfonce une touche particulière.

D’après les algorithmes, certaines caractéristiques seraient bien plus pertinentes que d’autres. Dans une phrase comme « comprenez, je te coince », par exemple, ISqueezeU dénote une nette différence sur le temps moyen que ces 75 personnes mettent pour passer du N au O et le laps de temps qui sépare le M du O.

Le logiciel n’est cependant pas en mesure de déterminer si les femmes ou les hommes appuient sur ces touches plus vite ou plus souvent. Il peut juste détecter une différence significative sur les deux sexes en ce qui concerne la vitesse et la fréquence d’usage du clavier.

 

Résultat du test : une fiabilité de plus de 95 % !

Selon ces chercheurs grecs, la dynamique de frappe dépend d’un grand nombre de paramètres qui nous sont propres. Certains d’entre eux seulement peuvent révéler avec efficacité le sexe de la personne. Il est alors difficile d’avoir un résultat à 100 %.

Mais pour obtenir un taux qui s’en approche, ces scientifiques intègrent les données reçues dans cinq algorithmes d’apprentissage distincts. Pour le modèle le moins performant, le programme est capable de prédire le sexe du frappeur de clavier avec 78 % de fiabilité. Le modèle le plus efficace, par contre, affiche un taux atteignant les 95,6 %. Les résultats de cette étude ont été publiés dans la revue Digital Investigation le 5 février de l’année dernière.

Mais quel est le but de cette technologie ?

Avec une fiabilité de plus de 95 %, les trois ingénieurs grecs affirment donc que la dynamique de frappe peut parfaitement identifier le genre de l’utilisateur. Une découverte qui pourrait grandement faire avancer des enquêtes criminelles. Tsimperdis, Karakos et Arampatzis estiment même que leurs travaux permettront de détecter rapidement les auteurs de cyber harcèlement, les usurpateurs d’identité et les auteurs de vol sur Internet.

Ces ingénieurs constatent que nul n’est à l’abri de la cybercriminalité et que cette dernière est devenue incontrôlable de nos jours. Ils souhaitent alors accroître la fiabilité de leur logiciel à long terme. Pour cela, ils veulent intégrer d’autres facteurs tels que la latéralité manuelle ou encore le niveau d’étude de leurs volontaires. Et pour leurs futures expériences, ils prévoient de faire le test sur un plus grand nombre de personnes.

 

 

Dynamique de frappe, le nouvel outil biométrique ?

Pour rappel, la dynamique de frappe sur un clavier est une technique qui a vu le jour dans les années 1980. Elle permet d’analyser le comportement de l’utilisateur qui tape sur son clavier à des fins d’authentification. Mis à part ces chercheurs grecs, la technique a été également développée en France par des ingénieurs de l’École Nationale Supérieur de Caen.

Le logiciel Greyc-Keystroke a été élaboré pour mesurer justement les différents paramètres qui caractérisent la façon dont une personne appuie sur les touches. Il a le même rôle que ISqueezeU. À la différence de ce dernier, ce programme recueille les données de frappe qui sont automatiquement collectées par le système d’exploitation.

Directeur de l’équipe Monétique et Biométrique, Christophe Rosenberger a mis au point cette solution au laboratoire de recherche Greyc. L’objectif initial était de trouver un moyen à bas coût pour améliorer la sécurité de mot de passe qui, aujourd’hui, ne cesse de se multiplier.

La dynamique de frappe serait-elle donc un outil biométrique prometteur ?

En termes de coût, cette technique semble être bien plus avantageuse que les autres. En effet, si les capteurs d’empreintes digitales requièrent une somme de 50 euros, et dans les 200 euros pour un capteur d’iris, l’analyse de la rapidité de frappe n’engage que quelques euros, et ce, uniquement pour l’installation du logiciel sur le serveur.

Cette technologie pourrait même remplacer la graphologie, notamment dans le cadre d’un entretien d’embauche à distance.

 

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