La dimension esthétique de la reliure ancienne

Dernière mise à jour: 14.08.20

 

Les livres restent les meilleures sources de connaissance. Contrairement à la praticité et à la rapidité d’exécution avec les méthodes actuelles, la reliure ancienne représente en elle-même une véritable œuvre d’art, au-delà de son contenu. Voici quelques aspects détaillés pour comprendre la subtilité des techniques de la reliure à l’ancienne.

 

Fabrication des reliures

De nos jours, tout le monde, amateur ou professionnel, peut exécuter une reliure en moins de cinq minutes pour assembler les résultats d’une recherche ou le règlement intérieur d’une entreprise sous forme de livre. En vous servant d’un équipement spécifique manuel ou électrique de bureau, vous avez votre ouvrage en peu de temps. Mais avant d’en arriver à ces machines sophistiquées, il serait intéressant de parcourir comment cette idée de la conception du livre a évolué au fil du temps.

À une époque de votre vie, vous avez certainement déjà foulé le sol d’une bibliothèque pour effectuer quelques recherches relatives à vos études ou à des aspects scientifiques de votre profession. Vous aurez certainement remarqué des volumes anciens, dont rien que l’apparence vaut le détour. Généralement classés comme des œuvres rares et auxquels l’accès est strictement réglementé, ces vieux recueils indiquent rien qu’à leur aspect physique à quel point la reliure constituait auparavant un véritable travail d’artiste.

À ce propos, il est judicieux de se tourner pour commencer vers la définition de ce qu’est la reliure. De nos jours, ce mot indique une technique qui consiste à assembler entre elles plusieurs pages qui constituent le contenu d’un livre. Une machine spéciale appelée relieuse permet d’obtenir ce résultat. A contrario, à une époque plus reculée, la reliure indiquait non pas la technique, mais le livre lui-même. En ces temps, le coût du produit était conséquent, et l’acquéreur exigeait alors d’en avoir pour son argent. Cette situation explique pourquoi les produits étaient à la fois solides et esthétiques.

La reliure d’antan est alors constituée de cahiers. Ceux-ci représentent un ensemble de feuilles cousues entre elles. Chaque cahier est ensuite cousu avec un autre, puis fixé entre deux planchettes de bois, appelées ais, qui formeront la couverture. En alternative, pour changer de la planchette, il était possible de mélanger du vieux papier à de la colle pour obtenir une sorte de pâte souple, mais solide. De petits bâtons de bois servent de base à la couture et sont collés au dos des cahiers, pour former les nerfs. Les ouvrages en contiennent habituellement quatre ou cinq.

Fabrication des couvertures

La reliure obtient par ailleurs sa lettre de noblesse par l’intermédiaire de la qualité de sa couverture. Elle se constitue généralement de peau, spécifique à chaque pays et pour chaque période. En ce qui concerne la France, les premiers livres imprimés se couvrent de parchemin, une matière en peau de chèvre reconnaissable par sa couleur jaunâtre. Les pages quant à elles sont fabriquées avec la peau d’un veau mort à la naissance. Cette peau, qui garde toujours sa couleur blanche, s’appelle le vélin.

Au cours de l’année 1750 et les suivantes, la tendance et l’engouement pour les peaux foncées gagnent en puissance, et se renforcent encore plus dans les années 1800. Deux types de matières sont essentiellement utilisés durant ces époques, à savoir la basane et la peau de veau. La basane n’est autre que de la peau de mouton, qui se reconnaît par la présence de petits points noirs visibles.

Seulement, elle représente le bas de gamme, du fait de sa qualité juste moyenne, avec un aspect mat peu flatteur, et une grande sensibilité aux éraflures. La peau de veau se pose alors en solution alternative pour répondre à la demande de plus en plus croissante en matière de couverture foncée, mais insatisfaite par la basane. Plus lisse et plus ferme, ce type de peau résiste mieux aux frottements, et seules les éraflures profondes peuvent y laisser des traces.

Toutefois, elle n’est pas exempte de défauts, car elle peut notamment présenter des irrégularités. Pour essayer de lui redonner une apparence plus acceptable, les techniciens de l’époque l’aspergent d’acide. On dit que la peau de veau est marbrée ou mouchetée, et le résultat de cette opération se matérialise par la création de petites taches noires.

Cependant, à cette époque, le goût du luxe commence à émerger. Pour répondre à la demande, le maroquin vient dans le monde des reliures. Il s’agit d’une peau de chèvre traitée d’une manière particulière, afin de lui donner un aspect plus classe, en plus d’une couleur spécifique. Les plus demandées sont le rouge, le bleu, la havane et le jaune citron. La technique appelée tannage apporte à ce type de peau la qualité dont il bénéficie.

Le processus consiste à imprégner la peau avec des produits d’origine végétale et disposant de vertus colorantes. En l’imprégnant dans une solution de tan et d’eau, elle acquiert son aspect et sa teinte finale. La procédure prend beaucoup de temps, jusqu’à plus de 14 mois, durant laquelle la concentration de tan est de plus en plus prononcée. En fin de traitement, des brosses en bois et graissées assouplissent la peau pour lui procurer son aspect final.

L’art décoratif sur les couvertures

Les motifs de décoration adoptés viennent parachever l’œuvre artistique déjà exécutée sur le contenu et pour la couverture. En gros, les professionnels de l’époque utilisent la technique appelée estampage à froid. Déjà fortement utilisé au cours des XVe et XVIe siècles, le processus consiste à imprimer un fer ou une roulette, après les avoir chauffés, sur la peau. La méthode est cependant assez paradoxale par rapport à son appellation qualifiée d’estampage « à froid », puisqu’elle se fait à chaud.

Cette technique permet alors de décorer essentiellement les entrenerfs, puis les plats et toutes les parties de la couverture, selon les souhaits de l’acquéreur. L’impression au fer chaud s’effectue avec du blanc d’œuf et un peu d’huile. Cette mixture, plus ou moins identique à de la colle, sert à fixer une feuille d’or contre la peau, pour que celle-ci obtienne son motif doré en relief.

 

 

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